Ce qui m'a le plus frappée en arrivant dans la région de McLaren Vale, c'est la facilité avec laquelle j'ai réussi à trouver des domaines bio ou biodynamiques. Nous avons eu pour coutume durant notre voyage de visiter, pour chacune des régions viticoles, des domaines plutôt "classiques", qui ont fait le renom de l'appellation, ainsi que des domaines plus "osés", bousculant un peu les lignes, tant par leur pratiques viticoles, que par leurs cépages, leurs assemblages, etc. Ce fut parfois un challenge (voir un échec, j'y reviendrai :/ ), mais parfois extrêmement facile, comme ici dans le McLaren Vale, ou à Martinborough par exemple, en Nouvelle-Zélande.

Rien d'étonnant à cela lorsque l'on sait que McLaren Vale est la plus grande région bio d'Australie ! Le GI (geographical indication, notre IGP) a été créé en 1997, mais les premières vignes de la région datent de 1838, faisant partie des vignes les plus anciennes du pays. Elles sont non greffées, le phylloxéra n'étant pas dans la région - ce puceron venu d'Amérique a ravagé nos vignes européennes dans la fin des années 1800, et est toujours présent aujourd'hui. Le seul moyen de lutter fut de greffer nos vignes européennes sur des pieds américains résistants au ravageur, qui attaque les racines des ceps.
Le vignoble de McLaren Vale s'étend sur un peu plus de 7 300 ha, une région de taille moyenne pour l'Australie, à titre de comparaison la Barossa Valley couvre un peu plus de 13 000 ha. Le cépage principal est bien sûr le Shiraz, avec 54% de l'encépagement, puis viennent le Cabernet Sauvignon (19%) et le Grenache (5%). En blanc, le Chardonnay et le Sauvignon Blanc sont majoritaires. Cependant, le climat étant méditerranéen, bénéficiant de la brise océanique rafraîchissante, et le sol extrêmement varié (plus de 40 profils géologiques recensés), d'autres cépages internationaux s'y développent très bien. Les cépages espagnol comme le Tempranillo ou italiens comme le Nero d'Avola ou le Fiano sont également cultivés, même s'ils restent anecdotiques.
En 2021, 38% des vignobles de la région étaient certifiés bio ou biodynamique. Mais les pratiques responsables ne s'arrêtent pas simplement aux traitements dans les vignes, s'étendant également à la gestion de l'eau (ressource très précieuse dans la région) ou encore l'adaptation de l'encépagement aux spécificités climatiques de chaque parcelle.


Suivant notre modèle, nous sommes d'abord arrêté chez MollyDooker, un domaine célèbre dans la région. "Mollydooker" est une expression australienne pour désigner les gauchers, comme Sarah Marquis, cofondatrice du domaine. Elle a souhaité jouer avec cette expression, pour en faire un trait distinctif de son domaine, et proposer des vins à l'identité graphique décalée et audacieuse. Ce sont des vins très bien exécutés, faciles, gouleyants, totalement portés sur le fruits. Pas de complexité à outrance chez eux, de la gourmandise, de la douceur, et le goût de fruits de chacun des cépages, dans leur plus simple expression.
Nous avons gouté le 'Summer of 69' 2022, un Verdelho 'vendange précoce', super pour l'apéritif, tranchant, aux notes d'herbe fraîche, citron et pêche blanche. Nous avons aussi dégusté 'The Scooter' 2021 et 'The Maitre D' 2021, deux rouges parfaits aussi pour l'apéritif. Le premier est 100% Merlot, aux notre de fruits rouges, fraise, cerise, sans tannins, avec une belle acidité. Le second est un 100% Cabernet Sauvignon, exactement comme on peut se l'imaginer, aux tannins légers, avec des notes de cerise noire et de caramel.
Le domaine est extrêmement agréable et offre une très belle vue sur la vallée. Ils y installent un food truck le soir pour pouvoir profiter de la vue, d'un verre de vin avec un bel accord mets et vins.



Nous avons ensuite visité le domaine Gemtree, une pépite incroyable, entièrement biodynamique. La biodynamie est une pratique exigeante, à l'approche holistique, suivant notamment dans ses pratiques agricoles les cycles célestes, incluant les mouvements de la lune, des planètes et des étoiles.
Cependant chez eux aussi, les pratiques éco-responsables vont même bien au-delà des vignes. Dès l'arrivée au domaine, leur philosophie est expliquée aux visiteurs sur un grand tableau noir. Ils ont recréé un Ecotrail depuis 2001 traversant leur vignoble, où ils y ont replanté plus de 50 000 arbres et plantes endémiques. Leur salle de dégustation est entièrement faite à partir de matériaux recyclés, et fonctionne aux panneaux solaires et eau de pluie. Ils recyclent l'ensemble de leur déchet grâce à différentes associations auxquelles ils prennent part et utilisent leur propre marc de vin pour créer leur compost. Une conduite exemplaire !



Ces engagements sont extrêmement louables, mais le vin est-il bon ?
Et oui, il est même excellent. Nous avons pu y déguster un superbe Albariño, fermenté en amphore et en barrique de chêne français. Cela lui donne de belles notes de miel, d'acacia, de marmelade, tout en gardant une acidité rafraîchissante et une texture fluide. Un coup de cœur !
Est venue ensuite la cuvée Phantom, qui change chaque année. L'étiquette est tout simplement géniale, on découvre en regardant bien que vigneron du domaine lui-même s'y cache ! En 2020, il est sur une magnifique plage australienne se confondant dans un morceaux de vieux vois, signant un vin et une bouteille collectors. L'assemblage est un Grenache et Mataro (ou Mourvèdre), qui donne un côté herbacé et profond. Le Grenache apporte le fruit et les épices, ce qui crée une magnifique composition.
Nous terminons ce tasting sur la superbe cuvée Obsidian 2019, Shiraz. Ses vignes évoluent sur un sol composé de pierres volcaniques et d'argile (qui apporte la fraîcheur). Les baies sont vendangées manuellement, et fermentées dans des petits contenants, avec 90% de chêne français neuf. Le nom Obsidian (obsidienne en français) vient des pierres précieuses qu'ils utilisent dans les vignes pour lutter contre les champignons mais également pour favoriser la photosynthèse de la vigne, la pierre capturant la lumière. Le vin est très doux, présentant des arômes de fruits noirs, des tannins élégants, et une belle longueur. Sa douceur m'a vraiment surprise comparé à sa jeunesse, et aux autres Shiraz que nous avons pu gouter en Australie. Une cuvée dont je me souviendrai, j'en ai d'ailleurs pris une bouteille. C'était je pense l'un des meilleurs Shiraz que j'ai eu le plaisir de déguster.
Et vous, quel est le meilleur Shiraz que vous avez dégusté ?
Cheers,
Eglantine