Oui, oui. Du vin, en Inde. Vous vous dites sûrement : "Ce doit être tout récent", pourtant leurs premières vignes datent du XVIe siècle. "Alors c'est anecdotique, elles sont concentrées sur une région particulière". Et non, il existe de nos jours 8 sous-régions réparties sur l'ensemble du pays, s'étendant sur 114 000 hectares, soit environ 4 fois la taille du vignoble de Provence. "Avec les températures extrêmes, il ne doit y avoir que du rouge", et bien le blanc est de plus en plus cultivé, notamment le Sauvignon Blanc, le Chardonnay et le Chenin Blanc (cépage emblématique de la vallée de la Loire).
Bon … Reprenons depuis le début.
L'Inde doit sa viticulture à son passé colonial, comme beaucoup de régions dites du 'Nouveau Monde' - l'Ancien Monde sé référant aux pays viticoles traditionnels européens. Ce fut d'abord Vasco de Gama et son équipage, qui, lorsqu'ils arrivèrent en Inde en 1498, plantèrent les premières vignes, afin de reproduire le vin fortifié emblématique de leur Portugal natal, le porto. Au XVIIe siècle, l'Inde passa sous domination anglaise, dont les importations de vin importantes étaient devenues trop chères. Ils décidèrent donc de développer la viticulture locale afin de satisfaire leur demande. Malheureusement, à la fin du XIXe siècle, le phylloxéra, ce puceron dévoreur de racines, débarqua en Inde et mit fin à cette expansion.
La filière fut relancée dans les années 1990, par les deux plus grands domaines actuels : Grover Zampa et Sula Vineyards, représentant environ 75% du marché. Le premier suit plutôt une tradition française, conseillé par l'œnologue Michel Rolland. Sula incarne plutôt le vin contemporain avec une gestion à "l'américaine", en monocépage, simple et accessible. L'Inde comptait en 2017 plus de 90 domaines, pour environ 20 millions de litres produits en 2016.
Les vignobles se situent majoritairement sur trois grandes régions : Nasik et Pune sur la côte ouest, dans l'état du Maharashtra (80% du vignoble indien) , et Bangalore, au sud de l'Inde dans le Karnataka (10%).
Les vignes sont vendangées deux fois par an (la plus qualitative étant en avril, lors de la période sèche), dues à l'absence totale de période de dormance. En effet, en France, la vigne s'arrête et 's'endort' en hiver, puis reprend un cycle végétatif au printemps. A contrario, le climat indien ne fonctionne pas sur quatre saisons, mais deux : la saison sèche et la saison des pluies. Par conséquent, la vigne est en constante production, deux tailles étant néanmoins nécessaires. La première juste avant l’arrivée des pluies en mai, la seconde, plus précise, après les moussons d’été, pour une croissance de la vigne programmée d’octobre à mars.
Les domaines cultivent principalement du Sauvignon Blanc, du Chenin Blanc, du Cabernet Sauvignon et du Shiraz (Syrah). Cette sélection de cépages vient de l'influence des consultants en vin, pour beaucoup français, mais également de leurs profils aromatiques convenants particulièrement aux goûts indiens. Le Chenin Blanc peut présenter du sucre résiduel, très apprécié pour sa gourmandise, et le Cabernet-Shiraz, un assemblage classique local, des notes de fruits bien mûrs aux tannins soyeux. Il existe d'autres cépages français ou italiens, comme le Viognier ou le Malbec, très prometteurs, le Chardonnay, de plus en plus cultivé, ou encore le Sangiovese.



De mon côté, je n'ai pas eu l'occasion d'aller visiter des domaines, ayant voyagé principalement au travers du Rajasthan, au nord du pays. J'ai, par contre, pu déguster plusieurs vins, que j'ai trouvé intéressants, plutôt pour leur profil agréable, pour les rouges, et leurs accords insolites avec la gastronomie indienne. Nous avons rarement accès à des plats aussi épicés en Europe, et donc accordons peu de vins avec. Cependant, l'association est véritablement plaisante, notamment sur les rouges. La rondeur et le fruit du Shiraz, par exemple, adoucissent la chaleur des épices et apportent une texture veloutée aux plats, tels que le dhal ou le tikka masala.



La plus belle cuvée que nous ayons découverte était un vin orange, du petit domaine Vallonné Vineyards. Nous avons pu découvrir cette pépite durant mon merveilleux dîner d'anniversaire au restaurant Masque à Mumbai. Nous n'avons pas pris le menu accords mets et vin, mais après un échange très ouvert et passionné avec le sommelier, nous avons pu découvrir quelques-unes de ses plus belles bouteilles. Parmi elles, Kus Tavaan, une édition très limitée de 300 bouteilles en partenariat avec le restaurant. Le premier vin orange indien, et c'était tout simplement merveilleux ! Cela me rappelle les vins oranges de Géorgie, comme le Chkhaveri de Dato's Wine que j'affectionne particulièrement, que vous pouvez retrouver dans le bar à vin Grain(s) à Paris - très vivement recommandé. Kus Tavaan est d'abord un témoin de la modernité dont fait preuve le monde viticole indien. C'est ensuite, une sublime preuve que chaque terroir et domaine peuvent finalement trouver ce qui correspond le mieux à leur terroir à force d'essais et de tests. La concentration que l'on retrouve dans le vin est parfaite pour un vin orange et atteignable grâce à l'alliance cépage/climat, particulière à la région. La cuvée présente une belle acidité aux notes de citron et de pomme acidulée, supplantée par de magnifiques arômes de fruits à noyaux, une texture élégante et une longueur très plaisante. Accompagnée de saveurs indiennes toutes aussi intenses dans les plats, c'est un vrai voyage gustatif. Un accord que l'on retrouve peu en Europe, c'est bien là tout l'intérêt de la découverte et du voyage ! Ce vin est pour l'instant uniquement trouvable au restaurant Masque, mais qui sait, peut-être aurai-je la chance un jour de le proposer en France !
Et vous, quel est le vin le plus insolite que vous ayez dégusté ? Seriez-vous prêt à essayer des vins indiens ?
Cheers,
Eglantine
Crédit photo couverture : © Alamy