Les vins de Géorgie : de l'apogée à l'oubli

Les vins de Géorgie : de l'apogée à l'oubli

Située entre la Turquie et la Russie, bordée par la mer Noire et par l'Azerbaïdjan, la Géorgie est la terre de l'une des plus anciennes viticultures du monde. Elle s'étend dans les vallées fertiles et versants propices du Caucase sud, pratiquant une viticulture de tradition, centrée sur les cépages endémiques de ses régions. Des traces d'acide tartrique retrouvées sur des fragments de poterie témoignent de la présence de vin, il y a plus de 8 000 ans. Pourtant, la Géorgie n'a pas aujourd'hui l'aura que devrait avoir le berceau de la viticulture européenne, connue surtout par les initiés. Alors comment l'expliquer ?

L'origine exacte des débuts de la viticulture reste controversée, mais une chose est sûre, la Géorgie fait partie des premières nations productrices de vin. Dès le IVe siècle, la viticulture s'y développe avec la montée notamment du Christianisme. Son commerce prospère, résistant jusqu'à l'apparition du phylloxéra à la fin du XIXe siècle, comme dans le reste de l'Europe. C'était pourtant au début de ce siècle que les avancées techniques furent les plus importantes, grâce notamment à la diffusion de la bouteille en verre, introduite par les Russes. Elle côtoie au début la cruche en terre cuite, s'invitant sur les tables des plus aisés, mais se frayent un chemin petit à petit, permettant également la création d'étiquettes et les premières revendications de millésime. Les Russes permirent également le développement de technique de vinification moderne, via les familles aristocrates locales entretenant des liens étroits avec l'Europe, et important à la suite de voyages en France, des savoir-faire de production inédits. Le vin géorgien fait de tels progrès qu'il sera médaillé à l'exposition universelle de Paris en 1989. Forts de ce succès, les vins géorgiens sont reconnus comme étant 'le vin de la cour des tsars', et la demande s'envole. En plus du phylloxéra à cette époque, s'ajoute malheureusement une baisse de la qualité du vin au profit de la quantité, afin de satisfaire cette nouvelle demande, ainsi que l'abandon de certaines méthodes traditionnelles ayant pourtant contribué au succès.

Sous l'ère soviétique, la Géorgie devient la cave à vin de l'URSS aux côtés de l'Ukraine et de la Moldavie, suivant une politique de pur volume. La viticulture s'industrialise, de grandes unités de vinification sont créées, les plaines fertiles et cépages à haut rendement sont préférés, la terre est collectivisée. En témoigne les quelque 150 000 ha de culture de l'époque contre les 50 000 ha actuels. Le savoir plus traditionnel local se perd peu à peu, notamment l'usage de la qvevri. Certains 'vins' produits n'en était même plus, mais devenait un mélange de concentré de raisin coupé à l'eau. Et ce, quand bien même le vin préféré de Staline était le Khvantchkara de la région de Racha-Lechkumi au nord du pays, un rouge demi-sec. Il aurait même été servi lors des accords de Yalta en 1945, en présence de Churchill et Roosevelt. Cependant, les Géorgiens avaient la permission de produire leur vin pour leur consommation personnelle, ce qui permit de ne pas perdre entièrement leur savoir-faire ancestral. En 1986, Gorbatchev sonne le glas de cette période en menant une grande campagne de prohibition, provoquant l'arrache de milliers d'hectares de vignes.

 

Lors de l'indépendance en 1991, le pays remet à l'honneur ses traditions, et retrouve une stabilité politique dès 1995, donnant naissance à cette époque à la loi "de la vigne et du vin", cadre législatif encore en vigueur. Grâce à cette loi, le secteur viticole devint un des piliers de l'économie nationale, les zones de culture sont redéfinies, les cépages nationaux priorisés, et sa gestion bascule sous la responsabilité du ministère de l'Agriculture. Mais c'est entre 2006 et 2013, grâce à l'embargo russe contre les vins géorgiens que ceux-ci ont pu commencer à retrouver un peu de leur aura internationale perdue. En effet, par la coupure totale à leur marché principal, la filière a dû s'ouvrir à de nouveaux marchés et monter en qualité afin de satisfaire de nouveaux profils consommateurs. Un intérêt pour la technique des qvevris est retrouvé, ainsi que pour des cépages indigènes peu connus.

Aujourd'hui, la Géorgie se place comme 19e vignoble mondial avec un peu plus de 48 000 ha de vignes, et 22e producteur mondial avec 1 million d'hectolitres par an. Elle compte pas moins de 1 060 domaines et exporte 1/3 de sa production. Celle-ci se fait principalement en blanc (65%) avec le cépage Rkatsiteli comme cépage phare créant un vin fiable et plein de caractère, et le Saperavi en rouge, proposant d'excellents vins, dont beaucoup sont doux, tout en restant très tanniques, avec une acidité naturelle conservant une certaine fraîcheur en bouche.  Plus de 525 cépages sont cultivés en Géorgie, mais ces deux derniers représentent 88% du vignoble. Contrairement à ce que l'on pense, la production en qvevri ne représente que 5% de la production de vin en Géorgie. Cependant, sa singularité et son caractère unique à l'étranger encouragèrent beaucoup d'expérimentations de vin fermentés avec la peau, comme le développement de vin oranges, mais aussi celui du vieillissement en jarre d'argile ou en amphore.

Les qvevris - ou churis de son nom local - sont de gigantesques amphores enterrées dans le sol jusqu’à leur bord. Elles sont remplies de raisins préalablement foulés, juste après les vendanges, et mélangées avec les peaux et les tiges, mixture appelée 'chacha'. En Kakhétie, région emblématique de l'est du pays et berceau de cette technique de vinification, les vignerons cherchent à optimiser la composition du 'chacha' et son vieillissement. Cependant, dans les autres régions, c'est une pratique plutôt traditionnelle qui est suivie, soit de laisser le vin tel quel, jusqu'à ce qu'une célébration quelconque nécessite de servir du vin. Le résultat peut-être très différent, dépendant de la réaction du vin et du temps de fermentation. Il peut aller de très tannique, donc clivant, à remarquablement bon. Le reste de 'chacha', ou marc en français, est ensuite distillé pour obtenir un alcool aromatique traditionnel, également servi lors des fêtes géorgiennes. En 2013, la qvevri est reconnue comme héritage mondial immatériel par l'UNESCO.

Le vignoble géorgien s'étend sur 9 régions viticoles au total, dont quatre représentent 97% de la surface totale. La Kakhétie, comme mentionnée ci-dessus représente 80% de la production nationale et 72% de la surface. C'est une zone plus sèche, couverte par les contreforts orientaux du Caucase. La région de l'Iméréthie au centre ouest, bénéficie de conditions plus humides, sous l'influence de la mer Noire et représente 15% de la surface nationale.  A Kartlie, autour de la capitale Tbilissi, le climat est plus frais et venteux, donnant des vins légers, parfois naturellement pétillant ou même carrément effervescents. Enfin, la région de  Ratch-Letchkoumie au nord, plus pluvieuse, aux cépages indigènes plus rares tel que l'alexandreuili ou le mujuretuli, donne des vins plutôt demi-sec. Ces régions dénombrent ensuite 19 appellations appelées PDO, dont 5 se situent en Kakhétie. A cela, s'ajoute la culture du vin familiale, comme sous l'ère soviétique, où chaque famille, chaque maison produit et consomme son propre vin. Certaines familles exploitent donc de micro-parcelles, adossées à leur maison, pour perpétuer leur tradition.

Pour ma part, il me reste encore vraiment à parfaire ma connaissance des vins géorgiens, mais je suis particulièrement de fan de leur vins ambrés (nos vins oranges). J'ai pu déguster ce vin ci-contre que j'ai adoré dans un de mes bars à vins préférés qui s'appelle Grains, à Paris, qui était tout simplement sublime : délicatement salin, fruité, rafraîchissant avec une acidité pas trop prononcée, parfait pour l'apéro !

Pour d'autres reco, je vous conseille surtout de suivre les indications de profils aromatiques mentionnées dans cet article selon vos préférences et de vous lancer ! J'ai identifié cette cave qui semble avoir une belle sélection, que ce soit en ligne ou en magasin à Paris :)

 

Essayez, et dites-m'en plus en commentaires !

Cheers,

Eglantine 

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